[Tribune/Politique]: Affaire JABER et expropriation,de l’État de droit à l’État de justice

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La problématique du foncier refait surface depuis quelques jours dans notre pays. Davantage sous le prisme d’une sorte de chauvinisme qui voudrait à tout prix faire valoir le patriotisme sur le Droit ou la proximité culturelle sur la nationalité.

Sous réserve des conclusions à venir au terme de l’enquête judiciaire ouverte par le ministère de la Justice, permettez-nous, très modestement, de nous rappeler certains principes qui ne sont nécessairement pas pour flatter notre « fort ego nationaliste ».

Cet exercice vise simplement à ramener le débat au centre et en hauteur. Car, on a vite fait de glisser dans des considérations passionnelles pouvant conduire au pire. Soyons clairs : il n’y a pas, dans ce cas précis, de problèmes majeurs entre Gabonais de naissance, d’adoption et naturalisés. Le débat est ailleurs.

𝗟𝗲 𝗗𝗿𝗼𝗶𝘁 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗹𝗮 𝗝𝘂𝘀𝘁𝗶𝗰𝗲

L’affaire qui oppose la famille JABER à celle des NDJIMBI au quartier London de Libreville tend à faire naître autant de juristes amateurs que de magistrats sur les réseaux sociaux. Un univers où tout le monde devient expert en tout, sans le besoin de se draper d’une certaine retenue.

Peu importe qui pourrait définitivement remporter demain le round judiciaire « JABER Vs NDJIMBI », nous devons pouvoir nous questionner au-delà de ce litige. Ce, pour mieux encadrer le domaine foncier dans notre pays et ne plus faire surgir ce type d’humiliations publiques, qui choquent davantage l’opinion gabonaise que le fond réel du problème.

Humainement et même si sieur JABER venait à avoir raison, il n’est pas acceptable d’humilier ainsi des compatriotes. Pour le respect de la dignité humaine à laquelle nous sommes attachés, ces comportements, justifiés ou pas, ne seront jamais acceptables quand nous serons un jour aux commandes de ce pays !

D’ailleurs, conscient de cet aspect des choses, sieur JABER s’est proposé de reloger la famille NDJIMBI à Malibé, dans la commune d’Akanda, en sus des moyens financiers qu’il mettrait à disposition pour la reconstruction. Une initiative louable, à notre sens.

C’est autrement dire que le Droit seul ne suffit pas à créer le sentiment de Justice.

« Le droit, c’est un ensemble de textes de loi et de règlements qui représente l’état du droit à un moment donné. Un article de loi n’est pas fixe, il évolue, se modifie et peut même être abrogé. Curieusement, la loi, c’est la loi, même si elle est injuste (dura lex sed lex provient du latin et signifie littéralement « la loi est dure mais c’est la loi »). Le droit est sujet à interprétation. Parfois, il stagne. Iil arrive même au juge de rendre une décision qu’il trouve injuste. Il n’a pas le choix, car il est lié par le droit. »

« La justice, quant à elle, pourrait être décrite comme une vertu, un idéal ou un principe moral. Dans un état démocratique, on souhaite que le droit atteigne cet idéal de justice absolue et incontestable. »

Pour illustrer ce qui précède, on citera la loi sur l’Apartheid en Afrique du sud et celle sur la Ségrégation raciale aux USA. Des lois qui consacraient « légalement » la discrimination « raciale » entre Blancs et Noirs.

Il a fallu prendre en compte au-delà du seul Droit la dimension humaine, la dignité et le respect dû à chaque individu pour abolir ces lois (le Droit) et faire émerger la Justice, après des luttes âpres, dont celles des droits civiques aux USA (Rosa Parks, Martin Luther King… ) et celle de l’ANC en Afrique du Sud avec Nelson Mandela comme figure tutélaire.

Considérant ce qui précède, il pourrait effectivement être légal d’exproprier la famille NDJIMBI de London. Il suffit que sieur JABER, sans autres considérations, brandisse le « Droit » et les décisions de Justice qui vont avec. Mais, est-ce pour autant que tout cela fait naître un sentiment de justice auprès de la famille NDJIMBI et au sein de l’opinion publique gabonaise, à tort ou à raison, choquée ? Non.

𝗟𝗮 𝗝𝘂𝘀𝘁𝗶𝗰𝗲 𝗶𝗻𝘃𝗶𝘁𝗲 à 𝗮𝗺é𝗹𝗶𝗼𝗿𝗲𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗹𝗼𝗶𝘀 𝗲𝘁 à 𝗹𝗮 𝗺é𝗱𝗶𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻

L’ Etat de Justice (que nous opposerons désormais volontiers à l’ « Etat de droit ») se construira avec des citoyens politiquement engagés. L’ Etat de Justice ne saurait s’établir avec les seuls commentaires élaborés loin du Parlement ou exclusivement sur les réseaux sociaux. Sinon, la loi sur la plus célèbre des « dépénalisations » au Gabon aurait subi un autre sort. Même si, reconnaissons-nous, « commenter » et « critiquer » relèvent du droit à liberté d’expression.

Malheureusement, la situation de notre pays nous impose à davantage d’engagement. Occasion pour nous d’inviter toutes les énergies qui meurent de compassion pour cette famille NDJIMBI à faire prochainement œuvre utile : en se donnant les moyens d’intégrer le Parlement ou en encourageant d’autres à le faire par un vote massif.

Afin d’y aller voter des lois qui dépasseront le seul besoin du Droit pour épouser et tendre vers l’idéal de Justice qui s’exprime au sein de l’opinion publique gabonaise au fils des débats d’actualités.

Par ailleurs, le Gouvernement, tout comme l’a proposé monsieur JABER, devrait aider cette famille à se reloger. Notamment, parce que certains témoignages font état de ce que l’ancien président Omar Bongo Ondimba, comme un Bantu, avait déjà tenté de trancher ce litige par la médiation.

De même, la nomination d’un Médiateur de la République (En France par exemple, cette dénomination a été remplacée par celle de Défenseur des droits, depuis la loi ordinaire du 29 mars 2011) disposant réellement de moyens concrets et efficaces, serait, pour ce genre de situations, une décision opportune. Parce que le Droit tout seul est trop rigide. Il se soucie peu de l’affect et de la dimension humaine. C’est lui qui envoie bulldozers, forces de Police et huissiers livrer ce type de spectacle désolant.

La médiation aurait pu éviter l’humiliation publique de la famille NDJIMBI. Et faire aboutir une entente à l’amiable et le dédommagement subséquent, sans implication médiatique pour préserver la dignité de ces Gabonais qui n’avaient pas besoin d’être exposés sur les réseaux sociaux et leur recherche permanente du spectacle.

En définitive, la Justice invite les autorités publiques et le pouvoir législatif à revisiter les lois qui encadrent le foncier au Gabon et à créer un cadre de règlement des litiges sous-jacents, afin de préserver la dignité de chaque partie. Le médiateur de la République ou le Défenseur des droits peut intégrer ce cadre.

Parce que le droit peut certes être conforme à la loi et imposer la légalité, sans toutefois satisfaire toutes les parties. Et c’est le cas de le dire, en solidarité à cette famille NDJIMBI qui, nous l’espérons, accepterait la médiation (si cette solution est retenue) pour retrouver sa zone de confort, loin de ces excitations médiatiques qui sont pour elle inutiles au plan humain.


Étienne Francky Meba Ondo
Dit Meboon Môôn Meba Ondo

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